ATHS 2019

Le colloque ATHS 2019 est géré par l’association BIZIA basée à Bayonne. Il accueille tous les 2 ans les meilleurs spécialistes européens et internationaux qui présenteront l’état de la recherche sur l’actualité des soins en addictologie, sur les problèmes infectieux associés (VIH, hépatites), sur les co-morbidités psychiatriques et somatiques ainsi que les dispositifs innovants en terme de réduction des risques et les avancées dans les politiques des drogues.

Plus de 150 intervenants présentent leurs travaux à travers des plénières, des débats de société, des ateliers et des communications par posters. Tout cela est diffusé sur notre chaine Youtube.

Le congrès ATHS rassemble tous les deux ans des centaines de participants.

Le colloque ATHS de Biarritz a pour objectif la mise à jour et le partage des connaissances dans le domaine des ATHS ainsi que les actions et les expériences mises en œuvre pour la réduction des risques liés aux usages et addictions, par les chercheurs, les acteurs sanitaires, les associatifs mais aussi les usagers regroupés en collectifs ou en associations.

ATHS 2017

Le programme 2017 ainsi que les actes du colloque (vidéos et présentations) sont disponibles ICI

Ce colloque, sous l’égide de la SETHS (Société européenne Toxicomanie Hépatite Sida) et géré par l’association BIZIA, accueille tous les 2 ans les meilleurs spécialistes européens et internationaux qui présenteront l’état de la recherche sur l’actualité des soins en addictologie, sur les problèmes infectieux associés (VIH, hépatites), sur les co-morbidités psychiatriques et somatiques ainsi que les dispositifs innovants en terme de réduction des risques et les avancées dans les politiques des drogues

Plus de 150 intervenants présentent leurs travaux à travers des plénières, des débats de société, des ateliers et des communications par posters.

ATHS rassemble lors de chaque édition près de 700 participants.

Le colloque ATHS de Biarritz a pour objectif la mise à jour et le partage des connaissances dans le domaine des ATHS ainsi que les actions et les expériences mises en œuvre pour la réduction des risques liés aux usages et addictions, par les chercheurs, les acteurs sanitaires, les associatifs mais aussi les usagers regroupés en collectifs ou en associations.

Cannabis médical en France

Les premières prescriptions de Cannabis médical commenceront en mars 2021 pour 3 000 patients. Pour quelles maladies ? Sous quelles formes ? Quels bienfaits espérer ? Quels effets indésirables ? Le point sur l’expérimentation d’accès en France.

Pr Nicolas Authier, Médecin psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie.

(Temps de Lecture 8 min)

– Suite à l’avis favorable de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en juillet 2019, les premières expérimentations de l’usage médical du cannabis thérapeutique en France ont été autorisées par un décret publié par le ministère de la Santé et devront commencer avant mars 2021 pour 3 000 patients souffrant de maladies graves (épilepsie, douleurs neuropathiques, sclérose en plaques…). Ils seront traités pendant 2 ans avec du cannabis thérapeutique sous forme d’huiles, de gélules ou de fleurs séchées à vaporiser (le cannabis à fumer ne sera pas disponible dans ce protocole), dans « un cadre très contrôlé et limité ». Qu’appelle-t-on cannabis thérapeutique ? Quels sont ses bienfaits ? Pour qui est-il indiqué ? Sous quelle forme ? Quels sont les effets secondaires ? A-t-on le droit de s’en procurer ? Le point sur la légalisation en France.

Définition : qu’est-ce que le cannabis médical ou thérapeutique ?

Le cannabis médical répond à des standards pharmaceutiques, il est prescrit par des médecins et délivré par des pharmaciens. « On parle ici de produits qui ont des niveaux de preuve suffisant et qui relèveront de la classe des stupéfiants comme la morphine », précise le Pr Nicolas Authier, médecin psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie, Chef de service de Pharmacologie médicale et du Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur du CHU de Clermont-Ferrand.
Le CBD (cannabidiol) et le THC (tetrahydrocannabinol) sont les deux principaux composants du cannabis qui ont été étudiés mais le cannabis est un mélange complexe de substances. « Le cannabis est un terme un peu générique qui recouvre des plantes très différentes par leur composition et contiennent de nombreuses molécules différentes, dont certaines, seules ou associées ont des vertus thérapeutiques, explique le Pr Authier. Lorsque l’on parle cannabis médical, on parle non pas d’une substance isolée mais d’une association de molécules dans une indication précise. On fabrique des médicaments très différents les uns des autres de par leur composition. Ils ont ainsi des intérêts thérapeutiques et des profils différents. »
Dans ces indications, non seulement la composition est maîtrisée mais le mode d’administration, la posologie et les risques le sont aussi. « Il n’est en aucun cas question de commercialiser des joints pour se soigner », tient à souligner le Pr Authier.

Par ailleurs, il y a eu une évolution dans les termes officiellement évoqués. On a parlé en premier lieu de « cannabis à visée thérapeutique » pour adopter ensuite le terme de « cannabis médical ». « Ceci permet de parler de la finalité d’usage, explique le Pr Authier, et non d’affirmer, peut-être parfois abusivement, les capacités de ce cannabis à soigner. Ce terme permet de s’opposer à celui de « cannabis non médical » qui a d’autres finalités d’usage : usage festif ou usage auto-thérapeutique. »

Qu’est-ce que le CBD ?

« Le CBD (cannabidiol) est une substance issue du cannabis ayant un effet thérapeutique intéressant pour différentes indications : douleurs, épilepsie…. Elle fait l’objet de nombreux travaux de recherche en médecine », explique le spécialiste. Cependant, cette substance a été récupérée par certains acteurs qui se positionnent davantage sur un versant économique autour du cannabis et visant à développer ce qu’ils appellent le « cannabis bien-être ». Il s’agit de produits qui contiendraient majoritairement du CBD. Ils ne peuvent normalement pas être commercialisés en France sauf si le cannabidiol est d’origine purement synthétique. « On est davantage ici dans une stratégie économique que dans une réelle stratégie autour de la santé même si cela se raccroche parfois à des allégations thérapeutiques mais sans aucun fondement démontré, signale le Pr Authier. Ce sont souvent des produits très chers, dont on ne maîtrise pas la qualité, qui peuvent aller de la cosmétologie à certains produits vendus comme des produits apaisants… La frontière avec le médical n’est pas toujours évidente pour le grand public. »

Expérimentation en France : premier essai en 2020

L’Assemblée nationale a autorisé le 25 octobre 2019 une expérimentation de l’usage médical du cannabis. Le vote fait suite à un amendement proposé par Olivier Véran, député La République en marche et neurologue de profession, dans le cadre du projet de loi de budget de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020. Cette expérimentation, à laquelle l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’est montrée favorable en juillet 2019, devait débuter en septembre 2020, mais a finalement été reportée en raison de la pandémie de coronavirus. Un décret publié le 9 octobre 2020 par le Ministère de la Santé a autorisé l’expérimentation du cannabis thérapeutique dans un cadre « très limité et contrôlé ». L’expérimentation doit commencer avant mars 2021 et concerner 3 000 patients traités pendant deux ans. Pendant cette expérimentation, des évaluations détermineront si l’utilisation du cannabis thérapeutique est pertinente ou pas. Pour cette expérimentation, la France pourrait avoir recours à des producteurs étrangers pour se fournir comme la loi française interdit la culture des plants avec plus de 0.2% de THC. Près de 3000 personnes atteintes de maladies graves comme la sclérose en plaques consommeront du cannabis sous forme d’huile ou de fleurs séchées. « Afin de faire un suivi exhaustif des patients inclus dans l’expérimentation, un registre électronique permettra d’enregistrer et de suivre la totalité de ces patients » précise l’Agence du médicament. Ce registre sera renseigné par les prescripteurs, les pharmaciens et les patients (avec la possibilité d’intégrer le personnel infirmier). En plus du registre, une étude complémentaire qui portera sur un plus petit nombre de patients (mais figurant dans le registre) sera mise en place et réalisée par une équipe de recherche.

L’expérimentation doit être menée dans plusieurs centres hospitaliers en France. La délivrance se fera d’abord dans les pharmacies des hôpitaux. Le but de l’expérimentation actuelle est d’évaluer le dispositif d’accès au cannabis médical et non l’efficacité du cannabis médical même si des premières données cliniques françaises seront collectées.

Pour qui est-il indiqué ?

Depuis le 10 septembre 2018, un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST), mis en place par l’ANSM,évalue « la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Selon ces experts, le cannabis thérapeutique aurait plusieurs intérêts thérapeutiques :

La première indication du cannabis à visée médicale est la douleur, notamment les douleurs chroniques, qui représentent près de la moitié des indications à travers le monde.
Il peut être indiqué dans le cadre de maladies neurologiques comme spasticité douloureuse dans la sclérose en plaques ou dans les séquelles de l’AVC.
Le cannabis à visée médicale est également utilisé en soins palliatifs dans la prise en charge du cancer notamment comme stimulant de l’appétit afin d’éviter la perte de poids.
Il peut être indiqué dans des formes d’épilepsie résistantes aux médicaments.
« À chaque indication, cela vient en complément des autres traitements et non en remplacement, précise le Pr Authier. Ce sont des traitements adjuvants qui visent à améliorer la prise en charge et la qualité de vie du patient ». Entre 300 000 et un million de personnes en France pourraient être concernées, selon les chiffres des associations de patients.

Prescription

C’est le médecin qui prescrit le cannabis thérapeutique sur des ordonnances sécurisés qui sont utilisées pour prescrire les médicaments stupéfiants comme la morphine.

Sous quelle forme ?

Pendant l’expérimentation, le cannabis thérapeutique sera administré sous forme d’huiles, de gélules ou de fleurs séchées à vaporiser. Le cannabis à fumer ne sera en revanche pas disponible dans ce protocole.

Bienfaits et efficacité

En France, cinq indications ont été retenues, du fait d’un niveau de preuve élevé dans la littérature scientifique :

La douleur neuropathique liée à des altérations fonctionnelles ou à des lésions des nerfs.
Les contractions musculaires douloureuses dans la sclérose en plaques ou post-AVC.
L’épilepsie résistante aux médicaments.
Les complications liées aux cancers et aux traitements anti-cancéreux (nausées, vomissements, perte de poids…).
Les situations palliatives.

Effets secondaires

Les effets secondaires du cannabis médical sont bien connus : ils sont principalement d’ordre neuro-psychiatriques et liés au THC : somnolence, crise d’angoisse, état paranoïaques mais aussi pour un usage prolongé un risque de dépendance… Il peut aussi y avoir des effets secondaires d’ordre cardiovasculaire comme des modifications de tension ou du rythme cardiaque… Ces effets secondaires dépendront bien sûr de la composition du médicament spécifique.

Contre-indications

Les contre-indications dépendent de la composition des produits et des antécédents des patients. Lorsque le patient présente un terrain cardiovasculaire à risque, il est contre-indiqué de lui prescrire des médicaments contenant du THC. De même, le THC ne saurait être prescrit à des patients qui souffrent d’une pathologie psychiatrique ou troubles anxieux sévères.

Prix et remboursement en France

Le cannabis médical sera gratuit pour les patients pendant les 24 mois que va durer l’expérimentation. Ensuite, la question du remboursement n’a pas encore été tranchée et son taux de remboursement sera à décider en fonction de ses bénéfices sanitaires et de ses coûts.

Peut-on cultiver du cannabis en France à des fins médicale ?

Absolument pas. Même durant l’expérimentation du cannabis à usage médical, l’article R.5132-86 du Code de la Santé Publique s’applique et maintient un principe d’interdiction de la culture du cannabis, y compris à des fins thérapeutiques, insiste l’Agence du médicament.

Entretien effectué par la journaliste Laure Dasinieres le 27/11/20

Dépistage de l’Hepatite C

Dépistage gratuit du virus de l’Hépatite C à Bayonne

– Semaine du 22 au 26 juin pour tout public majeur, sans rendez vous et gratuit.

– Organisé par les équipes de Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention « CSAPA« , le Centre d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour les Usagers de Drogues (CAARUD) BIZIA et le service de gastroentérologie du Centre Hospitalier de Bayonne de la Côte Basque (CHCB).

Parmi les 200 000 personnes en France porteuse du VHC, environ 1/3 ignore qu’elle est contaminée. Il existe aujourd’hui des traitements efficaces permettant une guérison dans 99 % des cas.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir


Le cannabis dans le monde

Légalisé, dépénalisé, prescrit… le cannabis dans le monde en neuf graphiques

Excellent article actualisé le 09 septembre 2019 sur la dépénalisation, la légalisation et l’usage thérapeutique du cannabis au niveau mondial.

Pour établir ces chiffres, Maxime Vaudano et Pierre Breteau ont travaillé avec les sources ouvertes que sont les agences publiques telles que l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ou encore le Drug Law reform in Latin America (TNI) ainsi qu’avec les articles de presse consacrés aux aspects juridiques et réglementaires.
Sans prétendre à l’exhaustivité, leur recensement s’attache à être le plus complet possible. Vous trouverez un certain nombre de détails sur les législations au survol des infographies.

Temps de Lecture 3 min.

Cliquez sur l’image ou sur ce lien pour lire l’article dans Le Monde ! !


eCigarette

La cigarette électronique est-elle dangereuse ?

Est-ce que vapoter est mauvais pour la santé ? C’est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l’information, des fake news aux idées reçues. Le CDC, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis, part en guerre contre la vapoteuse. Selon l’agence américaine le nombre de décès liés à la cigarette électronique est en nette augmentation, sans compter la multiplication des maladies pulmonaires. De son côté la Food and Drugs Administration, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, assure que les arômes mentholées des e-cigarettes sont cancérigènes. Une guerre américaine dont les premières batailles ont déjà été remportées : New York et San Francisco ont interdit l’usage des cigarettes électroniques dans l’espace public. L’Inde vient de prendre les même précautions. La vapoteuse est-elle dangereuse ? Plus ou moins que la cigarette ?

Voici les réponses du Dr Marion Adler, médecin et tabacologue à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart.

 

Le Sucre

Serge Ahmed :

a soutenue sa thèse de Doctorat en 1995 sur le rôle du conditionnement Pavlovien dans les addictions aux drogues. Il a ensuite orienté ses recherches postdoctorales vers l’étude des bases neurobiologiques des transitions usage-addiction et abstinence-rechute (Laboratoire du Pr George Koob, The Scripps Research Institute, La Jolla, Californie). Depuis son recrutement au CNRS, en décembre 1999, ses recherches portent principalement sur la neurobiologie des addictions et allient des modèles expérimentaux très originaux à des outils d’enregistrement et de manipulation de l’activité neuronale de pointe.

Son exposé lors du colloque ATHS sur « l’Addiction au sucre » est absolument fascinante. A voir et à partager sans modération !

 

La Méthadone

Mary Jeanne Kreek :

est neurobiologiste, spécialisée dans l’étude et le traitement de la toxicomanie. Elle est professeur à l’Université Rockefeller de New York, et l’une des pionnières des traitements à base de méthadone aux Etats-Unis.

Intervention video en 4 parties lors du colloque ATHS

suivi de

Entretien dans le journal Suisse « Le Temps »

 




Eclairage. Légales ou illégales, les drogues changent notre cerveau.

Qu’est-ce qui fait que les drogues nous séduisent si facilement et si durablement?
La réponse du bon sens est qu’elles nous procurent, chacune à sa manière, un bien-être accru qu’il devient, à la longue, difficile de maintenir sans y recourir toujours plus fréquemment. Les découvertes récentes de la neurobiologie permettent à la fois d’étayer et de nuancer cette réponse. Vu du laboratoire, le phénomène des dépendances reste extrêmement complexe. Mais en le comprenant mieux on apprend à ne pas lui donner des réponses inefficaces, voire contre-productives. C’est ce qu’explique Mary Jeanne Kreek, professeur à l’Université Rockefeller de New York et l’une des pionnières des traitements à base de méthadone aux Etats-Unis.

«Aujourd’hui, argumente-t-elle, tout le monde est plus ou moins d’accord pour considérer que l’héroïnomanie est une maladie. Mais pendant longtemps, on a considéré qu’il s’agissait d’un vice, d’un comportement antisocial. On lui a donc opposé des «remèdes» éducatifs ou répressifs qui ne résolvaient rien puisqu’ils ne donnaient pas de réponse au problème central des personnes dépendantes de l’héroïne, à savoir que leur métabolisme cérébral est perturbé par la consommation de drogue.»

Que sait-on aujourd’hui des mécanismes d’action de l’héroïne?

On a réussi dans les vingt dernières années à prouver scientifiquement un certain nombre d’hypothèses que nous formulions déjà entre 1964 et 1970. La première est qu’il existe dans le corps humain une fabrication endogène de molécules comparables dans leur action aux opiacés. Ces molécules agissent sur le contrôle de la douleur et influencent notre réponse au stress. Elles ont également un effet sur notre système gastro-intestinal, sur nos réponses immunitaires et sur les fonctions reproductives. L’héroïne et la morphine agissent sur ce système.

Est-ce une spécificité des opiacés?

Non : le tabac, la cocaïne et l’alcool ont en commun avec les opiacés d’agir à la fois sur nos mécanismes de contrôle de la douleur et du plaisir et sur notre réponse au stress. Mais cette action varie de cas en cas. Une situation de stress déclenche dans l’organisme la décharge d’hormones spécifiques. La prise d’héroïne atténue cette réponse, qui réapparaît de façon très aiguë au moment du sevrage. Si vous tenez compte du fait que l’héroïne a une très brève durée de vie dans l’organisme et qu’un héroïnomane traverse plusieurs sevrages par jour, cela vous donne une idée du traitement en dents de scie qui est infligé à son métabolisme. A l’inverse, la cocaïne, comme d’ailleurs l’alcool, accentue la réaction au stress. Si l’on répète les prises, l’effet s’émousse, ce qui explique qu’il faille consommer davantage de produit pour obtenir le même effet stimulant. Mais il y a plus important: chez des animaux auxquels on injecte des doses régulières d’héroïne ou de cocaïne, on constate des modifications durables du métabolisme.

Répondre à la toxicomanie par l’injonction à l’abstinence est donc une réponse inappropriée?

C’est plus compliqué que ça. Nous disposons d’un produit qui permet de normaliser de façon satisfaisante les déséquilibres métaboliques induits par l’héroïne, c’est la méthadone. Il est absurde de contraindre à l’abstinence des personnes qui peuvent mener une vie parfaitement heureuse et intégrée en recevant de la méthadone. On en a fait l’expérience en 1973 aux Etats-Unis avec la publication de nouvelles règles fédérales sur les traitements à base de méthadone qui limitaient la durée de ces traitements à deux ans. De nombreuses personnes ont donc vu leur traitement interrompu. Cela a été fait dans les règles de l’art, en diminuant progressivement les doses, et sur le moment cela s’est très bien passé. Mais un an plus tard, 90% des patients ainsi sevrés s’étaient mis à consommer un autre psychotrope, de l’héroïne pour 70% d’entre eux… En 1976, la directive était supprimée.

Cela, c’est valable pour l’héroïne. Pour l’alcool, on obtient de bons résultats avec la naltrexone, qui est ce qu’on appelle un antagoniste de la morphine et semble compenser chez certains alcooliques les déséquilibres qui apparaissent au moment du sevrage. Pour la cocaïne, nous ne disposons pas d’un médicament comparable à la méthadone. Il faut dire que son mécanisme d’action est différent et plus complexe – mais il faut dire aussi que la stigmatisation qui frappe encore la toxicomanie n’encourage guère les grandes firmes pharmaceutiques à orienter la recherche dans cette direction. Quoi qu’il en soit, dans un tel cas, les groupes de soutien à l’abstinence, sur le modèle des alcooliques anonymes peuvent jouer un rôle précieux.

Sommes-nous égaux devant la drogue?

Certainement pas. D’abord, on peut penser au 10% de personnes qui, dans l’expérience américaine ont pu rester abstinentes après qu’on a mis fin abruptement à leur traitement par la méthadone : il est vraisemblable que ces personnes ne sont pas identiques sur le plan génétique aux 90% qui n’y sont pas parvenues… Plus généralement, on peut dire aujourd’hui que les maladies en général sont le résultat de nombreux facteurs dont une partie sont liés aux prédispositions génétiques du sujet et une autre partie à l’environnement. C’est également le cas des toxicomanies. Parmi les personnes qui deviennent dépendantes de l’héroïne, un nombre important présentait probablement un déséquilibre préexistant des mécanismes de gestion du stress. Certaines en souffraient sans doute, d’autres ne l’avaient pas remarqué mais tous ont lié, si l’on peut dire, une relation privilégiée avec l’héroïne. Pour la cocaïne, le facteur génétique est sans doute moins important. Mais quelle que soit son importance au début, ce facteur joue un rôle central dans le développement des toxicomanies. En effet, la prise continue d’une drogue entraîne une modification, non du programme génétique lui-même, mais de la façon dont il est exécuté dans l’organisme. Nous avons donc affaire à des phénomènes très complexes et il est important de leur donner une réponse médicale aussi professionnelle et adéquate que possible.

* Mary Jeanne Kreek, professeur à l’Université Rockefeller de New York, est l’une des spécialistes mondiales des dépendances.